Lundi 18 janvier 2010
1
18
/01
/2010
16:38
Nul ne peut nier le drame dû à un séisme, qui s’est déroulé à Haïti voici quelques jours: des dizaines de milliers de victimes, plus encore de blessés,
quelque 3 millions de sinistrés, sans parler des dégâts financiers encore incalculables.
Nul ne peut non plus l’ignorer puisque c’est non seulement la une de l’actualité depuis 48 heures, mais également les trois-quarts des temps d’information sur toutes les chaînes de
télévision et de radio.
La nouvelle du séisme dévastateur connue, ses premiers bilans donnés, les premières images diffusées, on peut tout de même se demander l’utilité d’une telle monopolisation de l’information sur un
seul et un tel sujet. En écoutant les commentaires donnés et en regardant les images diffusées hier soir au Journal télévisé – qu’importe la chaîne, ce sont les mêmes images, les mêmes
commentaires, les mêmes questions oiseuses posées aux survivants qui donnent alors, forcément, les mêmes réponses attendues sur leurs misères et leurs détresses – je m’interrogeais sur mes
sentiments personnels face à un tel événement, tout autant que sur les motivations des millions de femmes et d’hommes qui, comme moi, étaient ainsi soumis à une telle information.
Mais l’enfer que connaissent actuellement les Haïtiens, bien d’autres peuples l’ont connu avant eux… Une rapide recherche sur Internet en fourni la macabre liste dont je me contente de rappeler
ceux de cette première décennie du XXIe siècle (liste sans doute non-exhaustive)… Janvier 2001, en Inde (Gujarat, ouest) : 25 000 morts ; décembre 2003, en Iran (sud-est) : 31 000 morts ; décembre
2004, Sumatra (Indonésie) : plus de 220 000 morts dans une dizaine de pays d’Asie du Sud-Est ; octobre 2005, au moins 75 000 morts dans la région himalayenne du Cachemire, au Pakistan et en Inde ;
mai 2008 : en Chine, essentiellement dans la province du Sichuan (sud-ouest), près de 87 000 morts et disparus…
Si vous vous rappelez bien, c’étaient déjà les mêmes commentaires, les mêmes reportages, les mêmes radio-trottoirs… et surtout la même monopolisation de l’information sur ces drames.

Qui se souvient encore du séisme de L'Aquila, en Italie, en avril dernier ? La compassion a été moins forte, et pourtant ce sont nos voisins.
Je défie donc tout Européen qui n’a pas un lien personnel avec un pays sinistré de ne pas être comme moi indifférent à un tel drame ou d’avoir alors une attirance malsaine pour les
amoncellements de cadavres et la détresse humaine. Ce qui est alors, ni plus, ni moins, que du voyeurisme.
Et c’est bien le deuxième sentiment ressenti devant « l’actualité » du Journal télévisé : où est la dignité à filmer ainsi la détresse d’un peuple frappé par le malheur et à répandre celle-ci, avec
une diffusion en boucle, sur les écrans du Monde entier…
On s’indigne de certaines photos ou films diffusés contre la volonté des intéressé(e)s via les téléphones portables ou internet, que ce soit les « streap-tease des copines », les tabassages entre
collégiens en mal d’émotions fortes ou encore d’autres « spectacles » au goût des plus douteux…
Quelle différence, finalement, avec le business des medias qui n’appréhendent pour la grande majorité d’entre eux la tragédie haïtienne que sous le seul angle de
l’audimat émotionnel ?
Avec l'aimable concours de Philippe Randa.
http://www.philipperanda.com
Par LAVACHE
0
-
Recommander